Retraite de Meaux
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La 29 septembre 1567. Marche du régiment Suisse de Pfiffer, de Meaux à Paris, précédé des chevaux légers du roi, commandés par Jacques de Savoie, baron de Bray-sur-Seine, duc de Nemours; la cavalerie des Huguenots, ayant à sa tête la prince de Condé et l'Amiral de Coligni, s'efforce de rompre , par ses décharges, le bataillon quarré des Suisses. Elle répète, avec le plus opiniâtre acharnement, ses attaques en plein jour et en rase campagne, pendant sept lieues de chemin mais la fermeté des Suisses les rendit toutes inutiles.

Les Huguenots ne firent leur retraite que sur le déclin du jour. Les Suisses continuèrent leur marche jusqu'aux faubourgs de Paris. Charles IX avait montré la grande intrépidité au milieu des attaques. Il ne cessait d'encourager le bataillon et il disait qu'il aimait mieux mourir roi que vivre serf et captif.

Nous devons la gravure ci-après, à l'amabilité de Monsieur Jean-Claude Samara, qui a bien voulu accepter de nous en laisser faire une reproduction, ce dont nous le remercions très vivement.

La gravure en avait été réalisée par Louis-Joseph Masquelier, d'après le tableau original peint par un peintre que nous n'avons pas pu identifier, dans un château qu'il ne nous a pas été possible de déterminer. Le peintre en cause a vraisemblablement été témoin des combats, ainsi que cela se faisait à l'époque.

Quant à Louis-Joseph Masquelier, c'est un graveur français né à Cigoing (Nord) en 1741 et mort à Paris en 1811. Il réalisa donc sa gravure environ deux siècles après la bataille en cause.

Jacques Ier avait épousé sa maîtresse Mademoiselle de Guise, en 1566, bien qu'ayant déjà un enfant avec Mademoiselle de Rohan. De son mariage légitime il eut deux enfants: Charle-Emmanuel, né en 1567 et Henri, né en 1572. En plus des diverses activités il avait conservé des contacts étroits avec sa famille de Savoie, et c'est à Annecy qu'il mourut en 1585. Charle-Emmanuel hérita de la baronnie de Bray. Du vivant de son père il porta le titre de prince du Genevois. Apparenté aux Guises il avait été nommé gouverneur de Paris.

Cependant, le 24 août 1572, le massacre de la Saint-Barthélémy, à Paris comme en province, provoque des milliers de morts et entraîne une nouvelle guerre de religion.

En 1576, Henri de Navarre prend la tête de l'armée protestante. La France vit une nouvelle période de troubles et de combats entrecoupés de courtes trêves. Le 2 août 1589, le roi Henri III est assassiné à Saint-Cloud. Henri de Navarre accède au trône de France; mais c'est un roi sans royaume, et il doit conquérir la France.

Dès les premiers jours de mars 1590, Henri de Navarre, devenu Henri IV, après avoir soumis la Maine et la Normandie, se retourna vers Paris. Il y eut choc à Ivry, avec l'armée de Mayenne, le 14 mars au matin. On connaît les péripéties de cette bataille qui fut une victoire pour le Béarnais.

A la fin de mars 1590, Henri IV se trouvait maître de la vallée de la Seine, de Rouen jusqu'aux portes de la capitale, dont le baron de Bray, Charles-Emanuel, se trouvait être gouverneur et ne voulait pas se rendre. Il résolut alors de s'emparer des villes de la Haute-Seine, et d'empêcher ainsi le ravitaillement de Paris qu'il voulait assiéger sans plus de retard.

Dans cette vue il partit de Mantes le 28 mars et, après avoir reçu la soumission de Corbeil, Lagny, Melun, Moret, Crécy, et Provins, il entra le 15 avril à Montereau. Pont-sur-Yonne et Bray-sur-Seine capitulèrent dans ce même temps. Il fit occuper les ponts et alla s'établir à Bray le mardi 15 avril, décidé à y rester jusqu'à Pâques, "pour donner loisir à chacun de faire ses dévotions".

Les caprices de l'Histoire font qu'il était reçu par Henri de Savoie, le frère de Charles-Emmanuel, gouverneur de Paris.

De Bray, Henri IV envoya une trompette sommer la ville de Sens de lui ouvrir ses portes. Il avait eu avis, affirme comte de Bastard, que des démêlés s'étaient élevés entre les autorités sénonaises, et il voulait en profiter pour s'assurer de cette place sur la rivière d'Yonne. Avant de faire une réponse définitive, les habitants de Sens demandèrent délai jusqu'au lundi de Pâques, 23 avril.

Depuis 1584, époque où l'on assurait que les Valois s'éteindraient sans postérité, Sens était une ville dont le zèle catholique ne s'était pas démenti. La ligue y avait trouvé des partisans frénétiques dans toutes les classes de la société, et Jacques Harlay de Champvallon, gouverneur pour Mayenne, incitait à la résistance. Ancien amant de Marguerite de Valois, Champvallon avait des raisons personnelles de s'opiniâtrer.

La garnison, peu nombreuse, était commandée par des officiers résolus: le capitaine de la Motte-Coutelas, gouverneur d'Auxerre, le Marquis Malavicinis, l'Italien Peloso. Les habitants avaient creusé des fossés, élevé le rempart de la porte Saint-Antoine, et construit deux casemates. Le 23 avril, le parlementaire royal fut renvoyé à Sens, mais les habitants refusèrent de se rendre.

Vingt-quatre heures ne s'étaient pas écoulées que Champvallon avertissait le Maréchal d'Aumont qui était au camp d'Henri IV, de son désir de l'entretenir.

les négociations durèrent deux jours, et aboutirent à un projet de capitulation préparé dans une assemblée présidée, le 26 avril, par l'archevêque de Sens, Nicolas Pallevé, et à laquelle avaient assisté le gouverneur de la ville et les capitaines des compagnies d'hommes d'armes, l'archidiacre et le trésorier de l'église, le lieutenant général et le lieutenant particulier, l'avocat du roi, le maire, les échevins, les conseillers du bailliage, les capitaines des quartiers, et des marchands.

Les articles de cette capitulation servaient de courte-échelle à tous les dignitaires présents à l'assemblée du 26 avril, ainsi qu'à leurs parents et amis, absents de la ville.

Henri IV reçut ce document à Bray le 27 avril. Il était porté par la Motte-Coutelas, accompagné du lieutenant particulier Delépine, et d'un échevin de Sens muni de pleins pouvoirs. Le roi examina les conditions, sourit à plusieurs reprises, et renvoya les plénipotentiaires en leur promettant de passer par leur ville.

Le maréchal d'Aumont précéda d'un jour le monarque dont le projet était d'être à Sens le dimanche 29 avril. Mais le 28 au soir, Henri IV fut averti que la populace de la ville, travaillée par les moines, s'était soulevée, et ne voulait pas entendre parler de capitulation. Une lettre de Champvallon confirmait cette nouvelle. Le gouverneur, pour éviter la fureur du peuple, avait dû se retirer à l'archevêché.

Le roi prit immédiatement la route de Sens et arriva dans les faubourgs avec son artillerie, sur les quatre heures du soir. Les pièces furent de suite mises en batterie, mais pour donner aux habitants le temps de parlementer, on ne commença le feu que le lendemain à dix heures du matin. La ville était sur une forte défensive. Les assiégés, sans trop de mal, essuyèrent les premières décharges, causant eux-mêmes des pertes à l'ennemi.

Au dire des chroniqueurs, une compagnie de volontaires se fit surtout remarquer. Elle avait pris le nom de Compagnie du Sabot, d'où les soldats qui en faisaient partie, celui de Sabotiers. " Ce sont les sabotiers de Sens" répondit-on. "Ventre Saint-Gris, fit le monarque, si ce sont là prouesses de sabotiers de cette ville, que ne doit-on pas attendre des autres corps de métiers."

A deux heures du soir, la brèche étant devenu praticable, le Béarnais envoya à l'assaut ses arquebusiers qui furent repoussés. Le narrateur royalistes du Journal de ce qui s'est passé en l'armée du roy, raconte de la façon suivante l'attaque d'Henri IV:

"... Sa Majesté feist hier investir promptement la ville et logea son artillerie avec une diligence incroiable, tellement qu'en un même jour, ils se trouvèrent investis, battus et assallys. Depuis cette heure-là, on ne s'aperçeut plus de rumeur ny division dans la ville, parce que sa Majesté étoit en doubte de l'éstat du dedans et ne voulait pas laisser perdre ceste ambiguïté ses bon sujeectz qui avoient tenu son party, sa Majesté envoya quelques nombres d'arquebusiers pour se loger sur le brèche qui n'étoit qu'une tour ouverte, et quelques pas de courtine, n'y ayant esté tiré que deux cents coups de canon, prou suffisans toutefois, si partye de ceulx de dedans eussent esté en armes par luy comme on l'avoit asseuré.

Lesdits arquebusiers s'y logèrent et furent suyviys de plusieurs, tant de la noblesse que des régiments pour y donner mais oultre ce qu'il apparut assez en la forme de leur défense, qu'ils n'étoient pas en division dans la ville, sa majesté fut advertie, par une voye secrète qu'ils étoient bien d'accord, et non sans occasion d'avoir oppinions que la négociation, dés le commencement, n'avoit pas été sincère".

Il semble en effet que ce ne fut que pour retarder la marche du roi sur Paris que le gouverneur de Sens et les notables firent croire à leur intention de capituler. Désabusé, Henri IV abandonnant la ville où il eut fallu soutenir un siège en règle, quitta les faubourgs le 3 mai et se dirigea sur l'Ile de France. Privée de ses privilèges en 1591, la ville de Sens fera sa soumission le 16 avril 1594.

Le 25 juillet 1593, Henri IV abjure le protestantisme. Le 27 février 1594, il est sacré roi à Chartres et le 22 mars, il entre dans Paris.

Charles-Emmanuel entre temps avait quitté son poste de gouverneur du Lyonnais avec l'intention de continuer la lutte. Mais l'archevêque de Lyon, Pierre d'Epinac, le fit enfermer à Pierre Encize en 1593, au moment où il songeait à se constituer une principauté indépendante avec le Lyonnais, Le Forez, le Beaujolais, le Minervois et le Dauphiné.

Il s'échappa l'année suivante, et il préparait, avec l'aide des Espagnols, une expédition contre Lyon en 1595 lorsqu'il mourut.

Durant sa longue absence et ses aventures diverses, son frère Henri de Savoie, assumait les fonctions de duc de Nemours et de baron de Bray. Jusqu'au décès de son frère Charles-Emmanuel, il fut connu sous le titre de marquis de Saint-Sorlin. Entraîné par les Guise, il s'engagea dans le parti de la Ligue et devint gouverneur du Dauphiné en 1591.

Il se réconcilia avec Henri IV en 1596, puis il se retira dans son château d'Annecy. Il reparut à la cour en 1616 et épousa en 1618, Anne de Lorraine, la fille unique du duc d'Aumale. Il fit représenter un grand nombre de ballets à la cour.

De son mariage il eut deux fils: Charles-Amédé, né en 1624, et Henri, né en 1625. Lui-même décéda en 1632.

Son fils Charles-Amédé lui succéda au duché de Nemours et à la baronnie de Bray. Il servit comme volontaire aux sièges de Gravelines en 1645 puis de Béthune et de Lens. En 1646 il commanda la cavalerie au siège de Courtrai. Cependant, il apparaît que, vivant probablement au-dessus de ses moyens, la famille de Savoie-Nemours avait des difficultés financières. Pour cette raison, Henri, cadet de Charles-Amédé, avait été destiné à l'état écclésiastique. On le trouve d'abord Abbé de l'abbaye de Saint-Rémi de Reims puis, en 1651, il fut nommé archevêque de Reims.

Résidant le plus souvent à Paris à proximité de la cour, Charles-Amédé ne semble pas s'être intéressé beaucoup aux affaires de la baronnie de Bray sauf, sans doute, en ce qui concerne les ressources qu'il pouvait en tirer. Son père avait été plus attentif à l'administration de la baronnie si l'on en juge par le fait que le 15 janvier 1603, il avait fait assigner au Parlement un nommé Boizelu, fermier du greffe de Provins, pour lui faire défense de poursuivre les appellations de Bray-sur-Seine autre part qu'à la dite cour, et de contester ailleurs qu'en celle les droits de prairie audit Bray. Cet exemple, entre autres, atteste bien le statut de protectorat, voire de principat de la baronnie de Bray.

Mais revenons à nos deux garnements de Charles-Amédé et Henri, duc-baron et archevêque. Leur situation financière les met aux abois et les pousse à faire argent de leurs biens. En 1645, ils obtiennent du Parlement un arrêt qui leur permet de vendre la baronnie de Bray, les terres et seigneuries de Courlon et Villeneuve-le-Comte, moyennant la somme de 186.000 livres, à la charge que la dite somme sera employée au paiement des dettes de Monsieur le Duc de Nemours et de l'abbé Saint-Rémi de Reims. Ainsi va se terminer la sixième dynastie des barons de Bray.

Le 10 juillet 1647, Charles-Amédé de Savoie et Henri de Savoie vendent la baronnie de Bray à Monsieur le Président Henri de Mesmes, seigneur de Roissy, et à madame Marie de la Vallée des Fossés, marquise d'Everly, son épouse. Après la liquidation de la baronnie de Bray, Charles-Amédé se laissa entraîné dans la Fronde par sa maîtresse, la duchesse de Chatillon, et prit part aux combats de Bléneau et du Faubourg Saint-Antoine où il reçut neuf blessures. Il fut tué quelques temps après d'un coup de pistolet dans un duel avec son beau-frère, le duc de Rochefort.

Quant à Henri, à la mort de son frère en 1652, il se fit relever de ses vœux, entra dans le monde, et se maria en 1657 avec Marie d'Orléans-Longueville. Il mourut sans enfant en 1659.